Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

Al Bayane : L¹IER remet son rapport sur les violations des droits de l¹Homme

L¹Instance Equité et Réconciliation (IER) a passé une nuit blanche, de mercredi à jeudi, pour affiner le rapport qu¹elle devait remettre, hier, dans l¹après-midi, au Cabinet royal.

Le rapport, fruit de deux années d¹enquêtes, jette un faisceau de lumières sur les années de plomb (1955 à 1999) caractérisées par des enlèvements, disparitions, détentions « arbitraires » et tortures. Le rapport présente également des recommandations relatives à la réforme de l¹Administration, de la Justice, au contrôle des appareils sécuritaires, afin de garantir l¹exercice des libertés, la dignité humaine. La fin de l¹impunité est également demandée.

Le rapport est soumis à l¹appréciation de SM le Roi Mohammed VI, qui avait pris l¹initiative de créer l¹IER, mise en place en janvier 2004.

Selon des sources proches de ce dossier, « globalement, les autorités marocaines ont fait preuve d¹une bonne coopération » avec l¹Instance. Les services du Ministère de l¹Intérieur, aux niveaux central et régional, « ont fourni les informations en leur possession », même si « quantitativement, elles n¹étaient pas importantes ».

Une seule lacune, cependant. « Certains services sécuritaires ne disposent ni d¹archives ni de mémoire » pour venir en aide aux requêtes des enquêteurs de l¹IER. La coopération d¹autres ministères « a été appréciable ». Il s¹agit de la Défense nationale, de la Justice, de la Santé. Certains hôpitaux « avaient des données très précises, d¹autres avaient été, avec le temps, égarées ». L¹Instance salue également la coopération des familles des victimes et des témoins locaux.

Le rapport demande, sans citer de noms, la fin de l¹impunité et recommande la mise à l¹écart de responsables impliqués dans les violations des droits de l¹homme durant cette époque. Elle concerne d¹anciens responsables qui seraient toujours en fonction dans certaines sphères de l¹Etat. Une mesure qui pourrait réconforter les familles et les victimes toujours en vie.

150 nouvelles tombes

Le travail accompli par l¹IER a permis de faire une grande avancée pour réconcilier le Maroc avec son passé malheureux. Outre la réparation des préjudices matériels et moraux causés à des milliers de citoyens, le rapport élaboré par l¹IER s¹étale sur la question des réparations individuelles, collectives et régionales.

Sept milliers de victimes ont été indemnisées et plus de 300 tombes ont été identifées alors que plusieurs centres et lieux de détention illégaux, dont ceux de Tagounit, d¹Agdez et de Qalaât Mgouna, ont été visités.

L¹IER a également pu déterminer les dates et lieux du décès de dizaines de personnes à Agdaz, Chichaoua et Fès. Elle s¹apprête à rendre publique une liste de près de 150 victimes dont les tombes ont été identifiées ou localisées, récemment, dans d¹autres régions (Casablanca, Tétouan et au Sud notamment), à la « faveur des données fournies par les autorités centrales et des documents disponibles auprès des autorités provinciales, outre les propos recueillis auprès d¹anciens fonctionnaires qui ont été témoins des circonstances du décès et des enterrements ».

Celles de Rouissi et Zéroual feraient partie de ce lot, alors que des doutes persistent sur le lieu où repose Manouzi, quoique des indices existent.

D.A

Article paru dans "Albayane" , en date de 2/12/2005

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