Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

Presentation le 10 décembre 2004 a Rabat de l’ouvrage "les droits de l’Homme dans la presse marocaine entre 1989 et 1994" de Jamal-Eddine Naji

La cérémonie de présentation de l’ouvrage "Les droits de l’Homme dans la presse marocaine entre 1989 et 1994" de Jamal-Eddine Naji, professeur à l’Institut supérieur de l’information et de la communication, s’est déroulée jeudi 10 Decembre 2004 à Rabat.

"Cette ouvre se veut une analyse de la collaboration entre presse écrite et audiovisuelle et organisations non gouvernementales, dans la bataille continue pour la préservation et la promotion des Droits de l’Homme", a indiqué M. Abdelaziz Bennani, membre de l’Instance Equité et Réconciliation, lors de cette cérémonie.

Après avoir rappelé la lutte menée par la société civile en matière des droits de l’Homme, M. Bennani a affirmé que la presse a toujours soutenu l’action des instances des droits de l’Homme et contribué à la promotion de cette culture notamment le droit d’expression et la liberté de presse qui, en dépit de certains amendements, restent en deçà des espérances.

De son côté M. Abdallah Oulladi, président de l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH), a qualifié le nouvel ouvrage de M. Naji "de projet qu’il faut achever, car limité dans le temps et au niveau de la thématique choisie qui est celle de la presse". Il a également, mis en exergue la relation étroite entre droits de l’Homme et Médias, ajoutant que ces derniers restent un vecteur important de promotion des droits de l’Homme.

"Consciente du rôle important de la presse dans le domaine des droits de l’Homme, l’OMDH a toujours tenu à consacrer ce rôle dans ses diverses activités" a-t-il ajouté. M. Habib Belkouch, directeur du Centre de documentation, d’information et de formation en droits de l’Homme (CDIFDH) a , pour sa part, estimé que la publication de cet ouvrage s’inscrit dans le cadre de la stratégie du centre visant la promotion des droits de l’Homme dans l’ensemble des secteurs et auprès des acteurs qui contribuent à la consécration des principes des Droits de l’Homme et à la protection des libertés".

Le livre analyse une époque décisive de l’histoire du Maroc, a-t-il dit, de même qu’il contribue " à mettre en exergue le rôle de la presse dans la protection de ces droits et dans la promotion de la liberté dans notre pays ". "L’ouvrage jette la lumière sur des étapes de notre histoire, de même qu’il se propose de fournir une lecture et une analyse du parcours des média, en relation avec les changements survenus dans le champ politique et dans l’espace médiatique au Maroc, notamment depuis le milieu années 90 ", a-t-il conclu.

"Les droits de l’Homme dans la presse marocaine 1989-1994" est une analyse historique et thématique qui sera bientôt suivie d’une étude similaire portant sur la période 1995-2004.

Cette étude, publiée, en deux langues, par le CDIFDH, est initiée par l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH).

Voici le texte intégral le l’intervention de Abedelaziz Bennani :

Je me félicite de l’initiative prise par le Centre de Documentation d’Information et de Formation en droits de l’Homme, de publier l’étude faite par un groupe de journalistes et de militants, sous la direction du professeur Jamal-eddine NAJI, ancien membre du bureau de l’OMDH. Ce travail de recherche fait partie d’une étude action sur la problématique des droits de l’Homme au Maghreb, effectuée sous l’égide des ligues tunisienne, algérienne et de l’OMDH, à la faveur d’un accord entre l’Université canadienne de Laval et de l’Institut arabe des droits de l’Homme.

En guise d’introduction et de contribution au débat sur le thème de l’ouvrage, mon intervention comprendra un rappel et quelques observations. Le rappel, en l’occurrence incontournable, et celui du contexte international, régional et national de la lutte pour les droits de l’Homme à la fin des années 80 et durant la 1ère moitié des années 90.

Sur le plan international, cette période a connu le renforcement de l’action des ONG internationales, suite à l’entrée en vigueur des deux pactes de 1966, notamment celui relatif aux droits civils et politiques et de conventions thématiques, ratifiées par un grand nombre des Etats du Sud ; l’impact des résolutions de la conférence d’Helsinki sur les pays de l’Europe de l’Est, et de la politique du président Carter, mettant particulièrement l’accent sur le respect des droits de l’homme. Le congrès mondial des droits de l’Homme, tenu à Vienne en 1993, a illustré l’émergence et l’efficience des ONG des pays du Sud. Tout cela a accru l’importance de la dimension droits de l’Homme dans les relations internationales.

Au Maghreb, l’évolution de la situation politique en Tunisie, en Novembre 1987 puis en Algérie, suite aux évènements d’Octobre 1988, a suscité un espoir, vite démenti, au sein du mouvement des droits de l’Homme. Au Maroc, la ratification des deux pactes internationaux des droits de l’Homme, en mai 1979, et leur publication au bulletin officiel une année plus tard, sont demeurées, pendant longtemps, sans effet.

Miné par l’esprit partisan et par un déficit d’objectivité et de professionnalisme, le mouvement national des droits de l’Homme, n’a pas pu infléchir la politique sécuritaire de l’Etat.

Les parlements successifs de 1977 à fin 1991 n’ont joué aucun rôle dans le domaine de l’harmonisation du droit national aux normes consacrées par les conventions internationales et dans le règlement des dossiers relatifs aux violations graves des droits de l’Homme.

C’est dans ce contexte qu’il y a eu un véritable sursaut du mouvement marocain des droits de l’Homme. Convaincus de la nécessité de renforcer le combat sur le terrain et prenant conscience des limites des structures partisanes, les fondateurs de l’OMDH ont opté pour une organisation indépendante et par conséquent pluraliste. De même que parallèlement, s’est constituée la commission de coordination entre la ligue de défense des droits de l’Homme et l’AMDH. Une charte nationale élaborée pour les différentes composantes du mouvement des droits de l’Homme a été rendu publique le 10 décembre 1990.

Le renforcement de l’action de ce mouvement, en synergie avec celle des ONG internationales n’a pas tardé à produire ses effets : libérations successives des prisonniers politiques puis des anciens disparus survivants en 1990-91, la création du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, suivie de la révision des dispositions du code de procédure pénale, relative à la garde de vue, la création des tribunaux administratifs en 1993, l’annonce, lors du congrès mondial des droits de l’Homme, de la ratification de la convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, de celle relative aux droits de l’enfant et la convention contre la torture enfin l’abrogation du dahir de 1935 et l’amnistie générale en faveur des prisonniers et exilés politiques en 1994. Dans cette dynamique, une collaboration étroite s’est instaurée entre la presse et les défenseurs des droits de l’homme.

L’ouvrage publié, ce jour, analyse les aspects et étapes de cette collaboration. La presse, qui a longtemps été l’objet de diverses mesures répressives, interdiction, suspension, saisies et censures, a constitué un important soutien pour les militants des droits de l’Homme. Elle a diffusé les communiqués, déclarations et rapports des organisations humanitaires, en s’exposant parfois à des poursuites judiciaires. De même que les défenseurs des droits de l’Homme ont œuvré inlassablement au respect de la liberté d’expression et de presse. L’élargissement de la marge des libertés et l’émergence d’une presse indépendante sont le fruit de cette collaboration.

La presse écrite a véhiculé les protestations et revendications du mouvement des droits de l’Homme, contribuant ainsi à leur promotion. Cette presse jouit actuellement d’une marge de liberté sans précédent en comparaison avec les pays de la région. Si les garanties juridiques de cette liberté ont été renforcées, force est de constater cependant que le régime juridique de la presse marocaine comporte encore des failles non négligeables, constituant une épée de Damoclès pour les journalistes. Le droit à l’information, reconnu par le code depuis sa révision en 2002, n’est pas encore érigé en principe constitutionnel. Le code de procédure pénale a maintenu la modification intervenue en 1991, permettant ainsi la poursuite des journalistes en flagrant délit, leur arrestation et leur détention préventive.

Les éléments constitutifs du délit d’atteinte à la religion islamique, au régime monarchique et à l’intégrité territoriale ne sont pas déterminés dans le 2ème alinéa de l’article 41, ce qui ouvre la porte à l’arbitraire. La loi contre le terrorisme a intégré le délit d’apologie d’actes constituant des infractions de terrorisme dans le code pénal, privant ainsi les journalistes des garanties du code de la presse.

C’est dire que le combat pour le renforcement des garanties juridiques de la liberté de la presse doit se poursuivre. Le rapport de la presse aux droits de l’Homme se situe à trois niveaux :

-  en diffusant les messages des militants des droits de l’Homme, la presse apporte à ces derniers un soutien inappréciable et contribue au progrès de la démocratie, garantie essentielle du respect desdits droits ;

-  la presse joue un rôle important pour renforcer les acquis de la liberté de la presse et pour promouvoir la transparence, conditions essentielles de la consolidation de l’Etat de droit ;

-  en ayant recours à la désinformation et à la diffamation d’une part, et en portant atteinte au principe de la présomption d’innocence, nombre de journaux violent néanmoins des droits essentiels de la personne humaine.

D’où l’intérêt de poursuivre l’analyse de la place consacrée à différents niveaux aux droits de l’homme dans la presse marocaine, depuis 1995 à nos jours.

On ne peut donc, que prendre acte de l’engagement souscrit dans l’ouvrage « Droits de l’Homme dans la presse marocaine » en souhaitant qu’il soit tenu dans un délai raisonnable.

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« Il s’agit non pas seulement de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur… »
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