Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

2004, l’année où le plomb a fondu, par Fahd Yata

 
Il est de tradition, à La Nouvelle Tribune comme ailleurs, de consacrer le dernier éditorial de l’année à l’évocation succincte des principaux événements et faits qui l’ont marquée.

Mais en cette fin de décembre 2004, que retenir des jours, semaines et mois écoulés, sinon que le Maroc, quoi qu’en disent et écrivent certains, avance, évolue, accomplit des actions méritoires, se développe, s’ouvre et se modernise, sans perdre pour autant les traits constitutifs de son identité, de sa personnalité nationale.

Dresser le bilan des avancées ou faire le réquisitoire des reculs n’est pas vraiment le propos de cet éditorial, mais qu’il nous soit permis d’établir un constat et un seul. Il tient à la courageuse initiative de l’Etat d’avoir initié le processus de réconciliation du peuple marocain avec son passé. Courageuse et méritoire action parce qu’elle est le fait même d’une volonté ferme, celle de SM le Roi, qui n’a pas craint d’engager le pays dans un parcours délicat, mais indispensable pour la démocratie et la pérennisation des acquis obtenus ces dernières années. C’est pourtant le règne de son auguste père qui est ainsi évoqué et critiqué, devant l’ensemble de l’opinion publique par certaines des victimes des années de plomb. Et s’il faut au passage saluer la lucidité et le courage d’un Herzenni qui, en une magistrale autocritique, a reconnu que les auditions de l’IER ne devraient pas être marquées au sceau d’un manichéisme facile et réducteur, on relèvera également que la Monarchie aujourd’hui se sait forte et capable d’engager le pays sur la voie de la vérité, de l’équité, de la réconciliation. Une démarche que bien peu de régimes ont osée durant les dernières décennies. L’Espagne de Juan Carlos n’a pas encore fait son examen de conscience sur la guerre civile et la période noire du franquisme, ni le Portugal pour les années de Salazar et de Caetano. Pourtant, ces deux pays sont aujourd’hui des démocraties accomplies, membres de l’Union Européenne, dotés de sociétés civiles dynamiques, de titres de presse puissants, aux populations bénéficiant de minima sociaux bien supérieurs aux nôtres, entièrement alphabétisées, et encadrées par des partis politiques solidement implantés dans le tissu sociétal.

Le Maroc de Mohammed VI, qui n’a pas les mêmes atouts, ni les mêmes conditions macroéconomiques, éducationnelles, sanitaires, politiques et sociales, a pourtant osé ce que des voisins proches n’ont pas encore accompli. Seul Etat à l’échelle du monde arabe et de l’ensemble islamique à accomplir une telle démarche, sans esprit de vengeance, sans chasse aux sorcières malgré les vœux de certains, il ouvre les portes d’un passé que nous devons TOUS assumer, victimes et bourreaux et, surtout, tous les autres, les indifférents, ceux qui savaient et se taisaient, ceux qui ignoraient et ceux qui s’en f...aient !

Ni les partis politiques, ni les ONG, et encore moins ceux qui se targuent d’animer une opposition aussi hétéroclite qu’inefficace n’auraient pu faire ce que le chef de l’Etat a consciemment entrepris, laissant à une instance indépendante, l’IER, le soin d’organiser cette épreuve (car tel est le mot, notamment pour les malheureux qui subirent les affres de la torture, de l’isolement, de l’oubli).

Cela, incontestablement, est le fait majeur de l’année 2004 qui se termine. Le Maroc de ce nouveau millénaire a l’immense et le (très rare) privilège d’être dirigé par un démocrate, un homme respectueux du Droit, de la Loi, de la Constitution.

Le pays, sous son égide, ira de l’avant, malgré les difficultés, les obstacles, les basses manœuvres et les ambitions mesquines, avec l’assurance que le passé, après une exhumation salvatrice, sera définitivement enterré.

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« Il s’agit non pas seulement de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur… »
Driss Benzekri

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