Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

Ouverture à Errachidia de la 4ème séance des auditions publiques

 

La quatrième séance des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’Homme au Maroc durant la période allant de 1956 à 1999, initiée par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), s’est ouverte mercredi à Errachidia.

Cette séance, présidée par M. Mahjoub Al Hiba, professeur universitaire et membre de l’IER, réunit plus de 400 personnes, composées dans leur majorité de victimes des violations des droits de l’Homme dans la région.

La rencontre connait, également, la présence des représentants d’associations locales, de partis politiques, de syndicats, des autorités locales, ainsi que des journalistes marocains et étrangers.

A l’instar des auditions publiques dans la ville de Figuig, samedi dernier, celles d’Errachidia ONT été marquées par la présentation de dix témoignages sur les graves atteintes aux droits de l’Homme qu’a connues la région, et qui se rapportent dans leur grande majorité aux évènements de mars 1973.

Il s’agit des témoignages de Addi Laâraj, surnommé "Adichane", Mmes Merrou Hammi et Rkia Ahabou, Ali Skounti, Abderrahmane Abdelalim, témoignant à propos de son père, Mohamed Ghacha, Ibrahim Benkhou, Aïcha Ouharfou et Mohamed Fadili.

Les témoignages, qui ont porté principalement sur les évènements de mars 1973, ont évoqué certaines atteintes aux droits de l’homme notamment celles relatives à la disparition forcée et à la détention abusive enregistrées durant cette période aussi bien à Errachidia et Tinghir qu’à Imilchil et Errich.

Les auditions publiques devront se poursuivre dimanche prochain par une séance qui se tiendra dans la ville de Khénifra, rappelle-t-on

M. Ali skounti : "nous aspirons à une véritable démocratie qui s’attaque à la corruption et consacre l’égalité"

M. Ali Skounti a indiqué que lui et ses compagnons de lutte aspirent à "une véritable démocratie qui s’attaque à la corruption et consacre l’égalité", formant le voeu que l’Instance Equité et Réconciliation (IER) contribue à la réalisation de cet objectif.

"Notre militantisme émanait de notre foi en notre citoyenneté", a dit M.Skounti dans un témoignage livré dans le cadre de la quatrième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme initiées par l’IER, mercredi à Errachidia.

Il a souligné qu’il fonde des espoirs sur l’Instance, qui compte de nombreux militants, pour consacrer l’option des réformes engagées au Maroc et servir l’intérêt général et ce, pour la prospérité du Maroc et pour une place de choix dans le concert des Nations.

M. Skounti a enfin souligné la nécessité de faire cesser la discrimination dans l’enseignement, de lutter contre la corruption et de faire prévaloir les vertus de l’égalité, lançant un appel pour le désenclavement de la ville d’Errachidia qui pâtit encore d’un déficit en infrastructures de base, comme l’électricité et les routes.

Né en 1932, M. Ali Skounti a été arrêté le 8 mars 1973, conduit au centre de la gendarmerie de Mlako, puis au centre de Goulmima. Transféré d’abord dans un centre de détention à Fès, il est ensuite emmené au "Corbis" de Casablanca (aéroport d’Anfa), puis au centre de Derb Moulay Chérif dans la même ville.

Condamné à la prison à vie par un tribunal militaire, M. Skounti a été libéré en 1980 dans le cadre d’une amnistie royale.

Mme Merrou Hammi : "nous ne vivons que de la souffrance"

Elle n’a pas beaucoup parlé dans son témoignage, mais ce qu’elle a dit était très édifiant, comme si elle a choisi d’être éloquente dans son silence. C’est une femme âgée de 75 ans. Les rudes sur son visage en disent long sur son calvaire.

Dans un témoignage livré dans le cadre de la quatrième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme initiées par l’IER, mercredi à Errachidia, Mme Merrou Hammi a raconté les affres qu’elle a endurées durant sept mois à la prison de Goulmima, à la suite des événements de 1973. Son seul tort, c’est qu’elle était l’épouse de Zayed Bassou, accusé d’avoir été impliqué dans ces événements.

En toute simplicité, elle a dit : "Nous ne vivons (durant cette période) que de la souffrance".

"Je souffre encore. Je ne peux pas marcher. Ils nous ont beaucoup torturé.

Nous pleurions tout le temps. Cela a duré sept mois et demi", a-t-elle encore relaté.

La dame, qui ne parle que l’amazigh, se remémore encore comment la neige et le froid glacial ont rendu leurs souffrances plus pénibles à supporter.

Abderrahmane Abd El Alim : "notre unique tort a été d’être les enfants du militant sidi hamou"

Abderrahmane Abd El Alim a consacré son témoignage, lors de la quatrième séance d’auditions publiques initiée, mercredi à Errachidia, par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), aux conditions de détention et aux souffrances endurées par les membres de sa famille, affirmant que leur "unique tort était d’être les enfants du militant sidi Hamou Abd El Alim".

S’exprimant au nom de la famille de sidi Hamou Abd El Alim, il a rappelé la lutte menée par son père contre le colonialisme et son action à la tête de la résistance dans la région de Tinghir pour accéder à l’indépendance, évoquant les conditions de détention et le calvaire subi par son père à cause de ses activités politiques au lendemain de l’indépendance.

Abd El Alim a indiqué à cet égard qu’en 1969, son père, décédé en 1996, a passé 9 mois au centre de détention dit "Dar Mokri" à Rabat avant d’être condamné par contumace à 20 ans de prison lors du procès de Marrakech en 1971.

Il a été à nouveau condamné à la peine capitale par contumace dans le cadre des évènements du 3 mars 1973.

Il a ajouté que Sidi Hamou Abd El Alim, qui a passé 28 ans en exil forcé et a regagné le Maroc en 1994 suite à la grâce royale, a subi les affres de la torture et de la détention qui a touché des membres de sa famille, dont sa mère qui a été arrêtée et qui a vu sa santé se détériorer au point de perdre la vue à cause des chocs psychologiques qu’elle a subis.

Abderrahmane Abd El Alim a raconté, le c ur serré, comment il a été arrêté en compagnie de sa mère alors qu’il était encore bébé, ajoutant que sa famille a été "la première à entrer dans le centre de détention et la dernière à en sortir" et qu’à l’instar des autres familles de la région de Tinghir, elle a eu "sa part de la torture barbare", dont la pratique de la suspension et l’utilisation du "chiffon", et a vu ses biens saccagés.

Il a par ailleurs salué les efforts déployés pour tourner la page des violations passées des droits de l’Homme et rendre justice aux victimes afin qu’elles puissent vivre dans la dignité, appelant à mettre fin à toutes les formes de provocation à l’encontre de sa famille.

Rappelant que son père était convaincu que " la patrie ne peut faire l’objet d’aucun marchandage", Abderrahmane Abd El Alim a demandé de faire bénéficier son père de la qualité de résistant dont il a été privé pendant 40 ans à cause de ses activités politiques.

M. Mohamed Ghacha raconte les souffrances et les tortures qu’il a subies lors de sa détention vers la fin des années 1980

M. Mohamed Ghacha, l’une des victimes des violations passées des droits de l’Homme qui a été parmi les inculpés dits du "groupe islamiste des 71 de Marrakech", a livré mercredi son témoignage sur les souffrances et les violations qu’il a subies ainsi que sa famille durant sa détention vers la fin des années 1980.

Dans son témoignage, dans le cadre de la quatrième séance des auditions publiques, organisées à Errachidia par l’Instance Equité et Réconciliation, M. Ghacha (40 ans) a indiqué que ses souffrances et celles de sa famille ont commencé dès qu’il a appris qu’il était recherché par les éléments de la police, citant les perquisitions opérées "jour et nuit dans son domicile et l’humiliation" dont ont été victimes les membres de sa famille.

Il a fait état de l’arrestation de membres de sa famille, affirmant qu’ils ont été battus et insultés.

Les souffrances de sa famille, a-t-il poursuivi, ont ainsi perduré après son arrestation, le 2 août 1985 à Khémisset, et son transfert à Kénitra où il a subi pendant l’interrogatoire "différentes formes de torture : +falaqa+, +Attyara+ et des insultes", jusqu’à la perte de conscience.

Après son transfert au centre de détention Derb Moulay Chérif, il a affirmé avoir été présenté avec les membres du groupe auquel il appartenait devant la cour d’appel de Marrakech pour "tentative d’atteinte au régime, atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, détention de tracts et de publications de nature à porter atteinte à l’ordre public et outrage à la Personne du Roi ".

Après avoir été condamnés à des peines allant de la perpétuité à un an de prison, dont 30 années pour M. Ghacha, les membres dudit groupe ont été transférés à la prison civile de Safi où "nous avons souffert des agissements du directeur du pénitencier qui, a dit M. Ghacha, "une fois ayant pris connaissance de leur appartenance à une mouvance islamiste, il leur a interdit l’appel à la prière et l’accomplissement de la prière collective".

Face à cette situation, a affirmé M. Ghacha, "nous avons observé des grèves de la faim pour exiger l’amélioration des conditions d’emprisonnement", ce qui a amené le responsable du pénitencier à "nous transférer dans des cellules isolées".

M. Ghacha a ajouté qu’après avoir passé cinq ans dans cet établissement pénitentiaire, il a été transféré dans plusieurs prisons à Marrakech, Meknès, Errachidia et Kénitra, avant de bénéficier de la Grâce Royale le 21 juillet 1994 après neuf années d’incarcération.

Addi Laaraj : que dieu pardonne aux tortionnaires

Avec simplicité et spontanéité, l’ancien détenu Addi Laaraj, surnommé "Adichane", a relaté, du haut de ses 75 ans, les souffrances qu’il a endurées durant ses multiples séjours dans les prisons de Goulmima, Fès, Corbis et Derb Moulay Cherif.

En dépit de tout, M. Laaraj, a indiqué dans son témoignage, lors de la quatrième séance des auditions publiques initiées par l’Instance équité et réconciliation (IER), mercredi à Errachidia, qu’il est "très heureux " de pouvoir, aujourd’hui, s’exprimer sur les "atrocités" qu’il a subies suite aux événements du 3 mars 1973 à Amlagou.

Dans un ton amazigh posé, ce vieillard relate comment il a été assiégé par quelque 400 éléments des forces de l’ordre, qui l’ont dépossédé de tous ses biens, pour être jugé et condamné à la prison à perpétuité, avant d’être innocenté et libéré, le 18 juillet 1980, suite à l’amnistie royale.

Dans son témoignage, qui a été suivi par plus de 400 personnes, composées de juristes, de citoyens et de journalistes, il a fait état de plusieurs tracasseries en signalant qu’il était continuellement convoqué par les autorités, jusqu’en 1999.

Malgré tout ce qui lui est arrivé, malgré l’intensité de sa souffrance et malgré les longues années perdues de sa vie, M. Addi Laaraj en a conclu qu’ "à tous ceux qui nous ont torturés, nous demandons tout simplement que Dieu leur pardonne".

Mohamed Fadili relate ses souffrances dans plusieurs centres de détention

M. Mohamed Fadili a relaté, dans son témoignage, lors de la quatrième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), mercredi à Errachidia, les étapes douloureuses du voyage plein de souffrances qui l’a conduit dans plusieurs centres de détention au Maroc.

Il a affirmé que la plus pénible de ces étapes et qui est restée gravée dans sa mémoire est son transfert, en compagnie d’autres détenus, au centre de détention de l’aéroport d’Anfa, puisque "dès nous que avons pris place dans l’avion, ils nous ont bandé les yeux et menotté, et à notre arrivée à destination, ils nous ont jetés comme du bétail, nous ont frappés et déshabillés"..

M. Fadili a indiqué que durant sa détention à Anfa, il s’est vu servir, ainsi que ses co-détenus, une très mauvaise alimentation. "Durant huit mois qu’ a duré notre détention, nous n’avons eu droit qu’à des lentilles et à de la semoule", a-t-il dit.

Il a ajouté que le feuilleton de sa détention s’est poursuivi avec son transfert à Tagounit où il a été frappé par le décès de deux de ses compagnons suite aux pénibles conditions de détention et aux mauvais traitements.

Relatant l’étape de sa détention à Agdaz, il a déclaré que lors d’une nuit pluvieuse, l’eau et la boue ont littéralement envahi la cellule qu’il partageait avec d’autres détenus, soulignant que les gardiens avaient attendu jusqu’à la levée du jour pour intervenir.

Il a précisé que son arrestation, en 1973, en compagnie d’autres personnes, comme Anis Zouaki, Ali Charouite et Mimouni, est intervenue à cause de leur activité au sein de l’opposition et de leur adhésion à l’Union nationale des forces populaires (UNFP).

M. Fadili (76 ans) avait été arrêté sur le lieu de son travail comme coiffeur, le 14 mars 1973. Il a séjourné pendant un mois à la prison de Guelmima, avant d’être transféré à Boulemane Dadès où il a passé 24 heures. Il a ensuite été conduit au centre de détention Corbis, puis à celui de Derb Moulay Chérif à Casablanca, où il a passé une journée, puis à Tagounit et Agdez. Il a été libéré le 8 août 1977 sans jugement.

Mohamed Fadili relate ses souffrances dans plusieurs centres de détention

M. Mohamed Fadili a relaté, dans son témoignage, lors de la quatrième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), mercredi à Errachidia, les étapes douloureuses du voyage plein de souffrances qui l’a conduit dans plusieurs centres de détention au Maroc.

Il a affirmé que la plus pénible de ces étapes et qui est restée gravée dans sa mémoire est son transfert, en compagnie d’autres détenus, au centre de détention de l’aéroport d’Anfa, puisque "dès nous que avons pris place dans l’avion, ils nous ont bandé les yeux et menotté, et à notre arrivée à destination, ils nous ont jetés comme du bétail, nous ont frappés et déshabillés"..

M. Fadili a indiqué que durant sa détention à Anfa, il s’est vu servir, ainsi que ses co-détenus, une très mauvaise alimentation. "Durant huit mois qu’ a duré notre détention, nous n’avons eu droit qu’à des lentilles et à de la semoule", a-t-il dit.

Il a ajouté que le feuilleton de sa détention s’est poursuivi avec son transfert à Tagounit où il a été frappé par le décès de deux de ses compagnons suite aux pénibles conditions de détention et aux mauvais traitements.

Relatant l’étape de sa détention à Agdaz, il a déclaré que lors d’une nuit pluvieuse, l’eau et la boue ont littéralement envahi la cellule qu’il partageait avec d’autres détenus, soulignant que les gardiens avaient attendu jusqu’à la levée du jour pour intervenir.

Il a précisé que son arrestation, en 1973, en compagnie d’autres personnes, comme Anis Zouaki, Ali Charouite et Mimouni, est intervenue à cause de leur activité au sein de l’opposition et de leur adhésion à l’Union nationale des forces populaires (UNFP).

M. Fadili (76 ans) avait été arrêté sur le lieu de son travail comme coiffeur, le 14 mars 1973. Il a séjourné pendant un mois à la prison de Guelmima, avant d’être transféré à Boulemane Dadès où il a passé 24 heures. Il a ensuite été conduit au centre de détention Corbis, puis à celui de Derb Moulay Chérif à Casablanca, où il a passé une journée, puis à Tagounit et Agdez. Il a été libéré le 8 août 1977 sans jugement.

Mme Rkia Ahabou : "je n’avais pas de ressources pour soigner mon fils décédé sous l’effet de la torture "

Mme Rkia Ahabou , épouse de Said Boudrik incarcéré durant les événements de mars 1973, a affirmé qu’un de ses fils est décédé car elle n’avait pas suffisamment de ressources pour le soigner des blessures subies sous l’effet des tortures atroces qu’il a subies.

Dans son témoignage livré lors de la 4-ème séance des auditions publiques initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), mercredi à Errachidia, Mme Ahabou a indiqué avoir fait l’objet ainsi que sa famille de multiples ennuis suite à l’arrestation de son mari en compagnie de 25 autres personnes originaires de la région et ce avant leur transfert à Errachidia.

"Je parcourais vainement de longues distances dans l’espoir de faire parvenir de la nourriture à mon mari", raconte cette dame très âgée qui, poursuivant son récit, ajoute qu’un des gardiens lui intima ironiquement l’ordre : " Tu peux jeter cette nourriture aux volailles en attendant le retour de ton mari, si jamais retour il y aura ".

Continuant de relater les exactions dont elle était l’objet en compagnie de sa fille Rabha Boudrik elle dit : " A chaque fois qu’atterrit un hélicoptère près de notre domicile, j’avais le sentiment que je serais à nouveau soumise à l’interrogatoire sur les activités " de mon mari et ses compagnons ". Elle rappelle à cet égard les perquisitions effectuées chez elle sous prétexte de rechercher des armes avec tout ce que cela entraîne comme destruction d’objets et autres biens.

Elle a fait savoir que l’arrestation de son mari a eu pour conséquence de priver ses fils de poursuivre leurs études, ce qui a hypothéqué leur avenir, soulignant qu’elle a encore beaucoup de choses à dire mais qu’elle se contenterait finalement de souhaiter que cette étape inaugurera une nouvelle page de sa vie.

Allal Melkaoui : "j’ai été incarcéré pendant dix ans à cause de l’amour que je portai pour mon pays"

L’ancien détenu Alla Melkaoui a affirmé qu’en raison de son amour pour son pays le Maroc et de son souhait que le pays atteigne un stade avancé en matière de démocratie et de prospérité, il a été condamné à dix ans de prison au cours desquelles il a été durement torturé.

M. Melkaoui, qui s’exprimait, mercredi à Errachidia, lors de la 4-ème séance des auditions publiques initiée par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a qualifié de "mascarade" sa condamnation pour complot contre le régime et atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat", ajoutant que les condamnations ont varié entre 5 ans de prison et la perpétuité et touché même les fous.

Melkaoui a été arrêté en 1976 à Tinjdad après la perquisition de son domicile et la saisie de plusieurs livres. Il a été conduit à un commissariat de Fès où il est resté durant quatre mois dans une cellule de 2 m2 avec d’autres camarades arrêtés avant lui.

Evoquant les conditions de sa détention à Fès, Melkaoui a expliqué qu’il croupissait dans une cellule dotée d’un matelas en mousse, d’un robinet d’eau potable et d’un trou qui faisait office de toilette, ajoutant que de fois, lui et ses camarades se sont réveillés en plein milieu d’une marre d’eaux usées.

Ensuite, a-t-il dit, Il a été transféré au centre de détention secret de Derb Moulay Cherif à Casablanca où il a eu les yeux bandés et les mains liées avec une chaîne, soulignant qu’il a été soumis à une surveillance 24/24 avec interdiction de parler avec ses camarades.

Il a ajouté que le processus de sa détention s’est poursuivi à la prison de Ain Borja où il a passé entre 6 et 7 mois au cours desquels il a mené avec 200 détenus un mouvement de protestation pour réclamer un procès.

Melkaoui a également raconté son transfert à la prison centrale de Kenitra après sa condamnation. Dans cette prison, a-t-il dit, il a été frappé avec trois autres détenus par 150 gardiens, et ce devant le directeur de l’établissement, pour avoir osé entonner des chansons.

Le séjour dans la prison centrale de Kenitra a été ponctué de périodes de grève de la faim, qui a coûté la vie à Saida Mnebhi et laissé des séquelles pour beaucoup d’autres.

Melkaoui a raconté comment sa souffrance et son sentiment d’oppression ont continué bien après sa libération car il a été interdit de rendre visite à son frère résidant dans une autre ville et détenu pendant toute une journée par la police sous prétexte d’avoir omis de demander l’autorisation avant de se déplacer.

Il a enfin qualifié les auditions publiques initiées par l’IER de premier pas vers la vérité car la vérité totale doit être le fait des marocains qui doivent être fier de leur pays.

Ibrahim Ben Khou :tazmamart n’est pas uniquement l’histoire d’un bagne, c’est aussi le calvaire de tout un village

Tazmamart n’est pas uniquement l’histoire d’un bagne, mais c’est également "le calvaire de tout un village et de ses habitants qui ont été enclavés et assiégés pendant plusieurs décennies", a affirmé M. Brahim Ben Khou, Président de l’Association de Tazmamart pour la culture et le développement.

M. Ben Khou, qui s’exprimait mercredi à Errachdia, dans le cadre de la 4-ème séance des auditions publiques de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) sur les violations des droits de l’homme entre 1956 et 1999, a précisé que son témoignage "ne sera pas fait de l’intérieur des remparts des centres de détention, mais portera sur les souffrances des habitants du village de Tazmamart".

Il a fait remarquer qu’aussitôt construit, le bagne de Tazmamart a privé les villageois de l’unique route qui leur servait d’ouverture sur leur environnement immédiat. "Les taxis refusaient de se rendre dans le village à cause des fréquentes perquisitions qu’ils subissaient pendant des heures pour s’assurer de l’identité des voyageurs, ce qui leur causait d’importants préjudices", a-t-il raconté.

"Les femmes enceintes étaient contraintes à souffrir en silence, nos malades n’avaient pas droit aux secours et nos enfants se sont vus interdire l’école de 1973 à 1977", a ajouté Ben Khou, né en 1968, précisant que la région était encerclée à l’est et à l’ouest et que jusqu’à aujourd’hui, les constructions sont interdites sur les flancs sud et nord du village.

M. Ben Khou a indiqué que les visites au village étaient interdites et les habitants étaient terrorisés et invités à informer les autorités de l’arrivée de tout étranger. "Nous sommes devenus comme des parias, personnes n’osaient s’aventurer à venir nous rendre visite", a-t-il dit.

Et de souligner que sur le plan psychologique, "les habitants de Tazmamart souffrent toujours de ces années qu’ils n’arrivent pas à effacer de leur mémoire". Il a indiqué, à titre d’exemple, qu’il évitait, lors de ses voyages, de dire qu’il est natif de Tazmamart, par peur de déranger, et parce que ce nom est source de problèmes avec les gendarmes et la policiers "comme si nous ne sommes de ce pays".

La circulation pendant la nuit était interdite et les habitants qui souhaitaient aller chercher de l’eau ou se rendre dans les pâturages devaient en informer les autorités à l’avance, a-t-il affirmé.

M. Ben Khou a, en conclusion, appelé l’IER à "réparer le préjudice occasionné à ces personnes qui ont souffert dans leur chair, et ce, au même titre que les anciens détenus de Tazmamart".

Mme Aicha Ouharfou livre un témoignage chargé d’émotions sur sa détention en 1973

Mme Aicha Ouharfou a livré un témoignage chargé d’émotions sur les conditions de son arrestation à son domicile avec ses frères et sa mère à Goulmima, au cours des évènements liés au mois de mars 1973.

Mme Ouharfou, qui s’exprimait mercredi soir dans le cadre de la 4-ème séance des auditions publiques de l’Instance Equité et Réconciliation a été obligée de marquer des pauses au fur et à mesure qu’elle avançait dans la description des "souffrances" qu’elle a endurées ainsi que ses proches.

Le psychologue de l’IER a du intervenir plus d’une fois pour l’aider à livrer son témoignage avec sérénité et spontanéité.

Mme Ouharfou a ainsi raconté son arrestation au mois de mars 1973, ajoutant qu’elle a été successivement internée pendant une trentaine de jours à Sounate, à Bouzmou puis à Goulmima, où elle dit avoir été torturée. Sa s ur Fatima Ouharfou, a-t-elle indiqué, a trouvé la mort au centre de détention secret de Agdz.

Mme Ouharfou a également raconté les séances de tortures qu’elle a subies par ses tortionnaires qui, a-t-elle dit, la tabassaient et la menaçaient de privation de nourriture, de sommeil et de liquidation physique. "Nos geôliers nous faisaient souffrir sans raison à tel point que j’ai encore du mal à me maintenir debout", a-t-elle raconté.

Elle a en conclusion formé le voeu pour que ses pratiques et violations soient à jamais révolues, pratiques dont elle garde des séquelles physiques et psychiques, notamment après le décès de sa s ur Fatima et de son père Mouh Oumouha Ouharfou qui a été condamné par le tribunal de kénitra et passé par les armes, le 27 août 1974.

Imprimer Envoyer cette page Haut de page

« Il s’agit non pas seulement de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur… »
Driss Benzekri

Conseil Consultatif des Droits de l’Homme Place Ach-Chouhada, B.P. 1341, 10 001 Rabat- Maroc
Tél : + 212 37 72 68 56
Fax : + 212 37 72 22 07