Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

Synthèse de la cinquème séance des auditions publiques à Khénifra

 

La cinquième séance des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’Homme au Maroc durant la période allant de 1956 à 1999, s’est ouverte dimanche en fin d’après-midi à Khénifra.

Présidée par M. Mohamed Mustapha Raissouni, membre de l’IER, cette séance a suscité l’engouement d’une très grande parties des citoyens de la ville venus assister à ces auditions en particulier les victimes des violations passées des droits humains dans la région.

Comme lors des troisième et quatrième séances à Figuig (29 janvier) et à Errachidia (2 février), dix témoignages portant sur les graves violations des droits de l’Homme qu’a connues la région, et qui se rapportent dans leur grande majorité aux évènements de mars 1973, sont présentés soit par les personnes ayant été touchées directement par ces dépassement ou par des parents ayant subi les conséquences de ces événements.

Ils s’agit de Fatima Zhiri, Fatima Oukhlef, Larbi Elghmiri, Abdelkader Souidi, Fatima Ameziane, Mohamed El Kacimi, Touria Tanani, Souhail Idriss, Ahmed Boukiba et Lakbir El Wasiti.

M. Ahmed Bouikba : Les événements de 1972-1973 dans la région de Khénifra étaient une " une révolution contre la violence, l’oppression et la corruption"

Dans un témoignage livré dimanche soir, à Khénifra, dans le cadre de la 5-ème séance des auditions publiques sur les violations passées des droits humains, organisées par L’Instance Equité et Réconciliation (IER), M.Ahmed Bouikba a noté que les responsables ont totalement négligé la région aussi bien sur le plan des infrastructures qu’aux niveaux de la santé et de l’enseignement, ce qui a amené les habitants à manifester leur rejet de " la violence, de l’oppression et de la corruption".

M. Bouikba, né en 1939 , a ajouté que suite à ces événements, " les révolutionnaires " ont été contraints de gagner les montagnes où ils étaient restés privés de nourriture. Durant cette période, a-t-il poursuivi, des arrestations ont été opérées parmi des citoyens de la région dont des personnes âgées, des femmes et des enfants qui ont subi, lors des interrogatoires, diverses formes de torture pour leur soutirer des renseignements sur les lieux où se cacher " les révolutionnaires".

M. Bouikba, qui a été condamné par contumace à la peine capitale, par le tribunal militaire permanent le 30 août 1973, a indiqué que les autorités ne s’étaient pas contentées de soumettre des familles à la torture, mais ont procédé également à la démolition de maisons, à la saisie des biens et à l’arrestation d’innocents. Il a ,à ce propos, rappelé que sa sur, qui a été arrêtée à Mrirte, a subi diverses formes de sévices dans un pénitencier où elle a séjourné durant 3 ans et 4 mois sans procès avant sa libération. Il a fait savoir que sa deuxième sur a été également arrêtée pour subir le même sort.

Après le verdict prononcé à son encontre (peine capitale par contumace), M.Bouikba, qui a du quitter le Maroc pour échapper à la traque dont il était l’objet, a relaté les conditions difficiles dans lesquelles vivaient "les révolutionnaires", qui étaient contraints de changer d’endroits plusieurs fois de jour comme de nuit.

Il a indiqué qu’en dépit de la traque et de l’encerclement auxquels ils étaient assujettis à plusieurs reprises par les autorités, "les révolutionnaires" parvenaient à échapper aux arrestations, défiant les conditions difficiles notamment la faim, la soif et la privation.

" Les révolutionnaires " ne cessaient de se déplacer, et pendant plus de deux ans, à travers les montagnes, les plaines et les forêts, a indiqué M. Bouikba notant que ces " révolutionnaires " fortement attachés à leur liberté, continuaient à porter les armes en bravant toutes les souffrances. Il a affirmé que face à cette situation, il s’est vu contraint de quitter le pays avec son groupe.

M. Bouikba, qui a regagné le pays le premier août 1995 à la suite d’une grâce royale, a conclu qu’il n’était pas pour autant au bout de ses peines puisqu’à son retour au pays il s’est retrouvé sans toit et sans aucune ressource, émettant le souhait de voir des changements intervenir dans le pays.

M. El Kébir El Ouasti : « j’ai été taxé de traître »

Témoignant lors de la cinquième séance des auditions publiques initiée par l’Instance Equité et Réconciliation (IER) à Khénifra, M . Al kabir El Ouasti, né en 1937, a indiqué qu’il a été arrêté en avril 1957 à Khouribga, alors qu’il jouait au football, en compagnie d’un groupe d’élèves appartenant à la jeunesse Abdellaouie du Parti de la Choura et de l’Indépendance.

Après son arrestation dans la région de Khouribga, a-t-il ajouté, il a été conduit illico avec ses camarades dans une caserne de la Gendarmerie Royale où ils ont été, 12 jours durant, battus et torturés. " Lorsque les gendarmes se lassaient de nous frapper, ils nous intimaient l’ordre de nous battre les uns les autres tout en nous observant ", a raconté El Ouasti.

"Nous avons été ensuite transférés à la Pachalik de Khouribga où nous étions torturés pendant six jours ", a-t-il poursuivi, précisant qu’on "lui mettait la tête dans un endroit crasseux des toilettes et qu’il dormait sur de la mousse trempée dans de l’eau salée".

" Nous étions ensuite transférés, les yeux bandés et les mains ligotées, à Casablanca où nous avions séjourné pendant deux jours dans une caserne des forces auxiliaires, avant d’être conduits à Benslimane où nous avions passé 45 jours sans que les conditions de notre détention ne soient améliorées ", a raconté El Ouasti.

Ces conditions se sont quelque peu améliorées après notre transfert à Boujaâd où nous avons passé 45 jours, a-t-il dit, ajoutant que lui et ses camarades ont été emmenés à la prison de Laâlou à Rabat où ils ont séjourné pendant deux mois avant d’être présentés au tribunal ". " Après neufs mois passés dans la prison de Laâlou, le tribunal nous a acquittés ", a fait savoir El Ouasti.

Après sa libération, a-t-il noté, ses souffrances ont continué car, pendant la période de son incarcération, il a été atteint de myopie, d’asthme et d’autres maladies.

Evoquant ses souffrances morales, El Ouasti a indiqué qu’on l’avait taxé de traître, qu’il s’agit là de la pire qualification qu’on puisse faire d’un être humain et qu’il a subi des exactions dans la région où il habitait, ce qui l’a obligé à se réfugier à Casablanca où personne ne le connaissait.

M. Driss Souhail : « les événements que la région a connus en 1973 sont "la conséquence des agissements des responsables de l’époque qui avaient fait naître chez les gens un sentiment de désespoir quant à la possibilité de voir des réformes mises en oeuvre et la démocratie instaurée dans le pays" »

M. Souhail, qui a évoqué des cas de disparitions forcées et de détentions arbitraires dans la région entre 1973 et 1984, a mis l’accent sur les différentes formes de torture qu’il a subies depuis son arrestation en mars 1973 et son emprisonnement au centre de police de la ville de Khénifra.

Il a précisé avoir été arrêté par une quinzaine d’éléments de la Gendarmerie Royale, mis à bord d’un camion et conduit, avec d’autres détenus, à Fès où tout le groupe a été emprisonné dans une villa secrète et soumis de nouveau à la torture.

M. Souhail a indiqué avoir été interrogé au sujet de tracts appelant à la révolte distribués à la veille des événements de 1973 dont il n’avait aucune idée et avoir dû, sous l’effet de la torture, notamment celle pratiquée à l’aide de charges électriques, reconnaître sa participation à leur distribution alors qu’il n’en était rien.

M. Souhail a indiqué par ailleurs avoir été témoin, durant sa détention, de plusieurs scènes de torture et fait état de viols de femmes dont une femme enceinte de huit mois et une fillette de neuf ans.

Abordant les différentes étapes de sa détention, M. Souhail a affirmé avoir passé deux mois à Fès, avant d’être transféré, en compagnie d’autres détenus, au centre secret "Corbis", dans l’aéroport d’Anfa, puis à la prison de Derb Moulay Chérif, où il est resté environ un mois, avant d’être présenté à la justice. Il a précisé avoir été acquitté en compagnie d’autres détenus par le tribunal qui a prononcé 16 condamnations à mort et des peines d’emprisonnement de cinq ans et à la perpétuité.

En dépit de cet acquittement, M. Souhail a indiqué avoir été maintenu en détention et fait l’objet d’autres accusations graves puisqu’il a été traduit de nouveau en justice sous l’accusation de constitution d’une bande à l’intérieur de la prison de Kénitra où il est resté jusqu’en mars 1975 avant de bénéficier d’une libération provisoire et de l’arrêt des poursuites avec son acquittement.

L’intervenant a, en conclusion de son témoignage, invité " les responsables à saisir l’occasion de cette initiative sans précédent pour consacrer des lois qui éviteront aux prochaines générations d’être à leur tour victimes des mêmes violations des droits de l’homme".

M. Laarbi Lagmiri : « j’ai subi toutes formes de torture en dépit de mon dévouement à la patrie et au trône »

Khénifra, 06/02/05 - L’ancien détenu, Laarbi Lagmiri, a affirmé qu’après son arrestation, le 1er mai 1964, il a subi toutes formes de torture, bien qu’il eut milité pour la libération du pays du joug du colonialisme, avec pour seul souci le "dévouement à la Patrie et au Trône".

Livrant son témoignage, dimanche soir, dans le cadre de la 5ème séance des auditions publiques de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), M. Lagmiri, qui était chargé des services généraux à l’aéroport militaire de Méknes, a précisé qu’il avait été arrêté, ainsi que 125 officiers, dans le cadre de l’affaire du "colonel Ben Hamou ", qui s’était réfugié en Algérie.

Il affirme avoir été assujetti à différentes formes de torture : chocs électriques, "étouffement " et "suspension", et ce durant une période de six mois.

Les familles de ces officiers "arrêtés car soupçonnés d’être au parfum d’un projet de fuite vers l’Algérie du Colonel Ben Hamou", n’avaient aucune idée de l’endroit où ils étaient détenus, ajoutant que ces officiers n’ont jamais été traduits devant un tribunal "parce qu’il n’y avait pas la moindre preuve contre nous", a-t-il estimé.

Né en 1930, Lagmiri a été transféré, après son arrestation, à Dar Mokri, puis à la prison centrale de Kenitra où il a passé trois années dans une cellule individuelle. Mais, "après avoir pris connaissance que des personnes, ayant lutté pour l’indépendance du pays et pour le retour d’exil de la famille royale, se trouvaient encore en prison, feu SM Hassan II a donné ses instructions pour notre élargissement" , a-t-il dit.

M. Lagmiri, qui a été libéré en mai 1967, a indiqué que deux mois après leur élargissement, les ex-détenus ont fait part de leur crainte de ne plus occuper la place qui leur revient à leur retour à la caserne militaire, si jamais leur innocence n’est pas prouvée par une jurdiction compétente.

M. Mohamed Kacimi : « Mon arrestation suite aux événements qu’a connus la région en 1973, s’inscrivait dans le cadre d’"une conspiration orchestrée contre toute la région"

M. Kacimi (65 ans), qui livrait son témoignage lors la 5ème séance des auditions publiques initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a évoqué les tortures subies par les fils de la région, particulièrement les militants de l’Union nationale des forces populaires (1963). Ces pratiques répressives ont été dirigées contre "ces militants qui aspiraient voir la situation s’améliorer, ce qui dérangeait les adversaires du changement qui avaient tout intérêt à maintenir le statu quo", a-t-il dit.

"Les adversaires du changement, a-t-il ajouté, ont été derrière la détention de nombreux citoyens de la région suite aux événements de 1973", précisant que ces arrestations ont concerné un grand nombre de femmes, d’hommes et d’enfants de toutes les tribus, particulièrement ceux des tribus Ait Khouya, Tighassaline, Ait Ishak, Ait Kebbou et Ait Laajine.

Il a également affirmé que les auteurs de ces actes ont délesté ces personnes de leurs biens (bétail, argent, meubles...).

M. Kacimi a précisé qu’il a été arrêté le 9 mars 1973 à Khénifra "pour la simple raison qu’il fut chargé aux côtés d’autres camarades, d’encadrer l’action politique pour la défense de la démocratie et de la liberté d’expression".

Il a indiqué avoir été conduit au commissariat où il est resté pendant sept jours, puis transféré à Fès où il fut emprisonné et torturé pendant un mois.

Il a par la suite été transféré à Casablanca, notamment à Derb Moulay Cherif avant d’être présenté au tribunal militaire qui a décidé de sa détention préventive. Il a ensuite été acquitté le 30 août 1973 dans le cadre de l’affaire dite "Dahkoune".

M. Kacimi a affirmé qu’au lieu d’être libéré, il a été conduit dans une caserne à Témara où il est resté cinq mois dans des conditions difficiles, avant d’être transféré à la prison centrale de Kénitra. En 1976, il a été acquitté.

Mme Touria Tanani : " le prix à payer pour l’amour de la patrie est extrêmement lourd et seules les personnes dont les domiciles ont été violés par les visiteurs de nuit le connaissent".

Mme Touria Tanani, arrêtée suite aux évènements de 1984 en raison de sa contribution à la constitution d’une section de l’Organisation de l’Action démocratique populaire (OADP) à Fkih Bensaleh. Témoignant dimanche dans le cadre de la cinquième séance des auditions publiques organisées à Khénifra . Mme Tanani a indiqué que dans la luit du 27 janvier 1984, "des visiteurs de nuit" ont fait irruption dans sa maison où elle a été séquestrée et torturée en présence de ses jeunes frères, avant de voir son domicile perquisitionné par trois personnes accompagnées du Mokadem du quartier. Elle a ajouté avoir passé la nuit dans une " cellule infeste" avant d’être soumise à l’interrogatoire.

Mme Tanani (née en 1959) a affirmé qu’elle a été placée en garde-à-vue pendant 17 jours dans des centres de police à Fkih Ben Saleh et Béni Mellal, où elle a subi toutes formes de torture, précisant à cet égard que ses tortionnaires, qui ne faisaient pas de distinction entre l’homme et la femme, l’ont jetée à terre, attachée et suspendue (technique dite de la tayara) avant de lui administrer des coups de fouet aux pieds.

" Ils m’ont ensuite fait descendre après que j’ai eu perdu conscience et m’ont transportée à l’hôpital ", a-t-elle ajouté, soulignant qu’elle a été par la suite interrogée sur ses activités culturelles, politiques et syndicales et que même sa soeur a été arrêtée pour servir de témoin contre elle avant d’être libérée sept jours après.

Mme Tanani a affirmé qu’elle a été détenue pendant 15 jours avant d’être condamnée à deux ans de prison ferme qu’elle a passée à la prison civile de Béni Mellal avec des prisonniers de droit commun, ajoutant que ses souffrances se sont poursuivies même après sa libération avec la restriction de ses mouvements, et les autres harcèlements qui visaient sa famille.

Elle s’est enfin demandé quel sera "notre rôle en tant que militants des droits de l’homme et associatifs pour que ces auditions publiques ne deviennent pas de simples sujets de curiosité".

Mme Tanani a gardé de sa détention des séquelles physiques et psychologiques. Sa famille n’avait pas de ressources pour vivre pendant sa détention et même après sa libération le 28 janvier 1986, Mme Tanani n’a pu reprendre son poste qu’en 1987.

M. Abdelkader Souidi : « je préférais être torturé qu’entendre les gémissements de mes élèves qui subissaient les mêmes sévices »

M. Souidi, qui livrait dimanche soir, à Khénifra, son témoignage lors de la cinquième séance des auditions publiques, a indiqué que son arrestation et celle de ses élèves sont intervenues suite aux protestations des élèves du lycée Tarik Ibn Zyad d’Azrou, qui réclamaient l’installation du système de chauffage pour se protéger contre le froid qui sévissait dans la région au mois de janvier, indiquant que cet établissement s’est " transformé en caserne militaire ou opéraient différents services de sécurité.

" M. Souidi a affirmé qu’en rapport avec ces protestations, 100 élèves, âgés pour la plupart de moins de 18 ans, furent arrêtés par les services de sécurité et transférés de la ville d’Azrou à Ifrane, où ils ont subi les pires formes de torture.

Il a rappelé que la vague d’arrestations a ensuite touché des membres du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) et des élèves appartenant au parti de l’Union Socialiste des forces populaires (USFP).

Relatant les circonstances de son interpellation le 2 février 1984, M.Souidi a indiqué que des éléments de la sécurité ont encerclé et perquisitionné son domicile et fouillé dans ses livres et documents, avant de le conduire, les yeux bandés, dans un lieu de détention secret à Ifrane.

Parmi les personnes arrêtées, a-t-il ajouté, 18 lycéens en plus des membres du PPS à Azrou et des individus qui n’ont aucune relation ni avec le lycée ni avec le parti, ont été gardés en détention.

S’agissant des conditions de détention de ce groupe, M. Souidi a indiqué que la torture commencait vers 23h00 pour ne s’achever que vers 4h00, avant que les détenus ne soit conduits à une place derrière le commissariat où ils y passent plusieurs heures à la belle étoile soumis au froid glacial qu’enregistre Ifrane à pareille période.

M. Souidi se remémore encore les péripéties de l’interrogatoire, soulignant que les membres du groupe ont été au début accusés d’avoir placardé des affiches sur la porte du lycée appelant à la grève avant d’être poursuivis de publications d’articles dénonçant la dilapidation des richesses forestières de la ville d’Azrou. Il a ajouté que le groupe s’est vu ensuite accusé d’avoir soutenu la position du Parti du Progrès et du Socialisme à l’égard de l’intervention soviétique en Afghanistan.

Il a rappelé que les membres du groupe ont été ensuite traduits devant le tribunal de première instance de Meknès, qui a condamné les élèves du lycée à six mois de prison et les membres du PPS à trois ans, et qu’en appel tous les détenus ont écopé de 5 ans de prison ferme dont ils ont purgé 3 ans à Ifrane et le reste à Meknès .

M. Souidi s’est dit convaincu que l’arrestation du groupe d’Azrou a été "un règlement de compte" dirigé contre les forces progressistes et dont pâtissait aussi la Gauche en milieu rural.

Il a conclu son témoignage en appelant l’Etat à présenter des excuses à tous les militants qui ont souffert durant cette période et continuent encore de souffrir à cause des maladies qu’ils ont contractées.

M. Souidi a indiqué qu’après sa libération, il a été licencié de son poste d’enseignant, alors que les autres éléments du groupe ont fini soit par être fauchés par la mort, ou par perdre la raison ou par l’errance.

Il a qualifié d’"avant gardiste" la manière avec laquelle le Maroc est en train de régler la question des violations passées des droits de l’homme.

M. Souidi Abedlkader, qui travaillait comme enseignant au lycée Tarik à Azrou, a été arrêté le 2 février 1984, dans la vague des arrestations qu’ a connues le pays la même année suite aux événements sociaux. Incarcéré dans un lieu de détention secret à Ifrane, il a été torturé en compagnie de ses élèves, qui ont subi les mêmes exactions.

Mme Fatéma Ameziane : « j’ai subie en compagnie de mes enfants, toutes les formes de tortures corporelle et psychique, y compris la menace de mort par le biais d’un pistolet »

Dans un témoignage livré dimanche à Khénifra dans le cadre de la cinquième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme au Maroc, Mme Ameziane raconte qu’outre les sévices de tous genres subis à cette époque, elle a été menacée de viol, se remémorant que sa fille née au cours de son incarcération a souffert d’un manque flagrant d’alimentation et de vêtements.

Mme Fatéma Ameziane a été détenue en compagnie de ses enfants en 1972 et a été incarcérée au centre de police de Khénifra pendant quatre mois.

Elle fut enlevée de nouveau toujours en compagnie de ses enfants lors des événements de mars 1973 suite à la fuite de son mari en Algérie. Mme Ameziane a été détenue dans différents centres de détention à Moulay Bouazza, à Fès et à Khénifra où elle a subit toute sorte de torture.

Libérée après dix mois de détention, Mme Ameziane a saisi l’opportunité des auditions pour demander à récupérer ses biens délestés au cours des événements de Moulay Bouazza et de l’aider à améliorer la situation des siens.

Mme Ameziane a donné naissance à sa fille pendant son incarcération et a été libérée après dix neuf mois de détention.

Mme Fatéma Zhiri : « j’ai failli avorter à maintes reprises sous l’effet de la torture »

Mme Fatéma Zhiri, l’une des victimes des violations des droits humains à Tagleft, dans la région de Khénifra, a affirmé qu’elle a failli avorter à maintes reprises sous l’effet de la torture, tellement elle a souffert des atrocités qu’on lui a fait subir.

Dans le cadre de la cinquième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme au Maroc, qui s’est déroulée dimanche à Khénifra, Mme Zhiri a rappelé les conditions pénibles de détention, marquée par le manque de nourriture et le froid glacial, surtout qu’elle a été jetée nue dans une cellule "macabre".

Après sa libération, elle a dû vendre du bois et du pain pour faire vivre sa famille, sachant que tous ses biens avaient été confisqués.

Mme Fatéma Zhiri avait été arrêtée en 1960 à Tagleft alors qu’elle était enceinte, en raison des activités de son mari et sa participation dans le mouvement du "Caid Bachir".

Mme Zhiri a affirmé avoir été assujettie à différentes formes de torture.

Elle a accouché chez elle, puis remis en cellule, où elle est restée trois mois. Elle a perdu son bébé sept mois après sa naissance.

Son époux a été libéré en 1966, mais sa maison a été soumise à la surveillance durant une période de trois mois. Mme Zhiri avait été arrêtée une deuxième fois en 1967 et détenue pour une période de deux mois par la Gendarmerie royale.

Elle avait été arrêtée encore une troisième fois en 1973 et incarcérée dans un centre de détention de Bin El Ouidane et ce, pour une période de deux mois.

Mme Fadma Oukhlef : j’ai vécu, moi et mes cinq enfants, grâce aux donations des mécènes après l’exécution de mon mari"

Mme Fadma Oulkhlef, veuve de Ahmed Assil exécuté à la suite des événements de mars 1973, a dit avoir souffert le martyre après la disparition de son mari, vivant, elle et ses cinq enfants, sur les donations des mécènes.

Etant l’une des victimes des violations des droits humains dans la région de Khénifra, Mme Oulkhlef a raconté avoir été atrocement torturée dans la caserne de Moulay Bouazza pendant deux mois, avant son transfert, en compagnie de ses enfants au "Corbis" (aéroport d’Anfa).

Dans un témoignage livré dimanche soir à Khénifra dans le cadre de la cinquième séance des auditions publiques sur les violations passées des droits de l’Homme au Maroc, elle a souligné qu’après sa libération, elle et ses enfants n’ont pas trouvé de quoi subvenir à leurs besoins, du fait que leurs biens ont été confisqués et leur maison a été détruite. Le supplice a duré cinq ans.

Le défunt Ahmed Assil avait été arrêté durant les événements de mars 1973.

Il est passé par plusieurs centres de détention secrets à Khénifra et Meknès.

Le tribunal militaire permanent a prononcé à son encontre la peine de mort le 30 août 1973. M. Assil a été exécuté le 1-er novembre de la même année. Mais les autorités ont usé de représailles contre sa famille.

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« Il s’agit non pas seulement de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur… »
Driss Benzekri

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