Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

L’IER organise le 16 mars à Marrakech de nouvelles séances des auditions publiques des victimes des violations passées

L’Instance Equité et Réconciliation (IER) organise le 16 mars 2005 à Marrakech et ensuite à Al Hoceima et à Laâyoune, la phase suivante des séances des auditions publiques pour écouter les témoignages des victimes des graves violations des droits de l’Homme commises lors de la période allant de 1956 à 1999.

Dans un entretien accordé mardi 8 Mars 2005 à l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP) M. Salah El Ouadie, membre de l’IER a indiqué que le bilan des cinq séances organisées par l’Instance jusqu’à cette date, démontre que les objectifs attendus de la tenue des auditions publiques ont été atteints.

Ces auditions, a-t-il dit à ce propos, " se sont inscrites dans le patrimoine culturel commun des Marocains et se sont ancrées dans l’âme collective en tant qu’initiative de réconciliation avec soi-même et avec l’histoire ". Il était donc tout à fait normal et après analyse et méditation des résultats, a-t-il dit, de passer à une phase ultérieure afin " de garantir la présentation des témoignages dans diverses régions du Maroc qui manquent encore à l’appel, sachant que pour l’IER, des programmes subsistent encore, revêtent un caractère d’urgence et attendent d’être mis en oeuvre dans l’intérêt bien compris des victimes et de leurs familles, ce qui exige de l’IER de redoubler d’efforts ".

Parmi ces programmes, M. El Ouadie retient en premier lieu les dossiers des disparus, dont le sort est inconnu et des lieux d’inhumation de victimes non retrouvées, des réparations du préjudice individuel et collectif et la reconversion des anciens centres de détention et des prisons secrètes.

Il a en outre précisé que " la séance d’Al Hoceima offrira l’opportunité à plusieurs victimes des provinces du nord du Royaume de venir témoigner à ces auditions publiques à l’instar de la ville de Marrakech, où seront entendus les témoignages des victimes originaires de la région centre, alors que la séance de Laâyoune permettra aux victimes des provinces du sud de prendre la parole et de raconter les exactions et tortures qu’ils ont subies ", rappelant que dans le cadre des programmes en cours de préparation, l’IER honorera les victimes des autres régions du Royaume. Dans son programme initial établi en décembre dernier, l’Instance Equité et Réconciliation, rappelle-t-on, avait annoncé l’organisation d’autres séances d’auditions publiques à Casablanca, Tan-Tan, Smara, Fès et Tétouan.

Dans une évaluation des précédentes séances organisées à Rabat (21 et 22 décembre 2004), Figuig (29 janvier 2005), Errachidia (2 février) et à Khénifra (6 février), M. Salah El Ouadie a affirmé que ces auditions ont " constitué un événement important aux dimensions culturelles, politiques et des droits, et ont donné à l’opinion publique un aperçu exhaustif des souffrances vécues par les victimes suite aux violations passées ".

Ces séances, a-t-il poursuivi, ont également permis de " réhabiliter les victimes dans leur dignité tout en constituant une phase pédagogique qui traduit avec insistance l’importance de la prévalence des droits de l’homme dans notre société tels qu’ils sont universellement reconnus", rappelant que ces séances ont illustré toutes les formes des violations dont ont été victimes des générations et des courants politiques ".

Il a souligné que les auditions qui ont été organisées à Figuig, Errachidia et Khénifra, ont permis de découvrir des composantes encore vivaces de la société marocaine et reflété l’élargissement du domaine de la liberté d’expression dans des zones ayant subi la marginalisation et manqué, des années durant, de toutes les conditions de développement. Selon lui, l’usage de la langue Amazigh lors de ces auditions témoigne clairement de la consécration du respect des valeurs du pluralisme culturel et linguistique.

Il a également affirmé que la part de participation des femmes à ces auditions a été basée sur la volonté de l’Instance de prendre en considération les souffrances vécues par les femmes et de leur offrir la possibilité de faire part de leurs témoignages.

M. Salah El Ouadie a rappelé les objectifs de l’organisation de ces auditions, qui sont, entre autres, informer l’opinion publique des endurances subies par les victimes, partager leurs souffrances, favoriser leur réhabilitation et ouvrir l’espace de libre expression, sans oublier la contribution au rôle de réconciliation à différents niveaux.

Il a ajouté qu’à l’issue des auditions, l’Instance "a reçu un nombre d’anciennes victimes de ces régions marginalisées venues exprimer le sentiment d’avoir retrouvé une dignité spoliée au cours des années de répression".

M. Salah El Ouadie a par ailleurs affirmé que l’impact positif des auditions est en adéquation avec les rencontres de dialogue organisées par l’Instance tous les mardis depuis le 15 février et jusqu’au 22 mars 2005 et diffusées par "2M". Ces rencontres, a-t-il dit, contribuent à la clarification de certains aspects du contexte historique dans lequel se sont déroulées les violations et permettent à l’opinion publique de percevoir le danger que représente le manque de respect pour les droits de l’Homme.

A travers ces rencontres, a-t-il souligné, l’Instance cherche à nourrir et à accompagner un dialogue national élargi à propos des réformes nécessaires à divers niveaux juridiques, institutionnels, législatifs, économiques et éducationnels, lesquelles réformes sont à même d’empêcher que de telles violations se répètent. Ceci, a-t-il estimé, devrait se refléter positivement sur les recommandations et les propositions que l’Instance présentera au terme de sa mission.

Concernant les auditions qu’organise l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH) pour des victimes de violations des droits de l’Homme, M. El Ouadie a estimé qu’il s’agit là d’une activité normale et légitime qui rentre dans le cadre de la pratique de la liberté d’expression par les associations de la société civile.

Pour lui, ce type d’activités s’inscrit dans le cadre des programmes de sensibilisation des associations des droits de l’Homme. Il a rappelé à ce sujet que le Forum Vérité et Justice (FVJ), au début de sa création en 1999, a initié des séances pour écouter des victimes aux plans national (Rabat) et régional (Casablanca, Marrakech, Errachidia, Khénifra et Oujda). Il a également rappelé que les dernières auditions du FVJ ont eu lieu l’année dernière en présence de l’IER à Imilchil, Khénifra, Figuig et Marrakech.

M. El Ouadie a indiqué que les auditions de l’AMDH ont sans doute un rôle important à jouer dans le renforcement du processus d’équité et de réconciliation. Il a ainsi souligné la singularité qui caractérise les auditions publiques de l’IER, dans le sens qu’à travers elles, l’Etat reconnaît sa responsabilité sur ce qui est arrivé dans la passé.

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