Royaume du Maroc - Instance Equité et Réconciliation  

Marrakech accueille la 6-ème séance des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’homme

La sixième édition des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’homme qu’a connues le Maroc entre 1956 et 1999, initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a débuté mercredi en fin d’après-midi à Marrakech.

Lors de cette séance tenue au siège de la Chambre de Commerce, d’Industrie et des Services (CCIS) de Marrakech, dix anciennes victimes des violations des droits de l’homme, dont trois femmes, livreront leurs témoignages sur les graves violations qu’elles ont subies par le passé.

Ces auditions constituent une véritable occasion pour la réhabilitation des victimes, la préservation de la mémoire et le renforcement de la prise de conscience quant à la nécessité d’éviter la reproduction de tels dépassements.

Ainsi, prendront la parole au cours de cette séance, Mmes Widad El Bouab et Zahra Lakhdar, mère de feu Mohamed Grina, et Batoul Tarouat, ainsi que MM.Abderrahmane Choujar, Mohamed Atlas Belhaj, Abdeljalil Tlimat, Salah Atik, M’hamed Mourabitine, Hamid Zkiram et Mohamed Mahri.

Cette séance sera consacrée notamment aux violations des droits de l’Homme qu’avaient connues les villes de Marrakech, Agadir et Safi en relation avec le mouvement Ittihadi en 1963 et 1973, le grand procès de Marrakech et des Marxistes et ce qui a été appelé "l’organisation du croissant noir" ainsi que les manifestations de 1984.

M. Abderrahman Choujar : les services qui m’ont incarcéré n’étaient pas préoccupés du sort des Marocains

L’ancien détenu, M. Abderrahman Choujar, a affirmé que les services qui l’ont incarcéré, ainsi que nombre de ses camarades des années durant, ne sont que "des bandes qui opéraient illégalement et qui n’étaient pas du tout préoccupés du sort des Marocains, de leurs intérêts, de leur dignité et de leur avenir".

M. Choujar, qui livrait son témoignage, mercredi soir à Marrakech, dans le cadre de la 6-ème séance des auditions publiques de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a indiqué qu’il a été victime de sa fibre patriotique et de sa foi en le droit des Marocains de participer à l’édification du Maroc, au lendemain du l’indépendance.

Il a estimé que dès la proclamation de l’indépendance du pays, "les Marocains ont déchanté lorsqu’ils se sont vus marginalisés et exclus de l’exercice de leurs droits, dont celui d’aller à l’école et de prendre part à l’édification d’un Maroc moderne et débarrassé de la dépendance économique".

M. Choujar a rappelé qu’il a été détenu pour la première fois en 1963 à Safi, alors qu’il participait à une campagne électorale en faveur de Feu Mohamed Larbi Assafi, candidat de l’Union Nationale des Forces Populaires. Il a affirmé qu durant son incarcération, il a été assujetti à la torture avant d’être condamné à un mois de prison avec sursis.

M. Choujar s’est également rappelé l’harcèlement dont il était l’objet nuit et jour de la part des services secrets pour le simple motif qu’il était actif au sein de l’Union Nationale des Forces Populaires qui avait boycotté le référendum sur la constitution de 1962, et parce qu’il avait exprimé ses opinions avec nombre de citoyens et brandi des slogans que l’on considérait comme allant à l’encontre des dispositions constitutionnelles et légales.

M. Choujar, qui a été gardien à l’école des instituteurs de Safi, a indiqué avoir été surveillé en permanence jusqu’au 14 mars 1964. Craignant d’être enlevé, il décide de gagner Casablanca où sa situation a empiré suite aux affaires liées à Cheikh al Arab et aux événements du 23 mars 1965.

Après un séjour de six mois à Casablanca, où il a été traqué et harcelé par les services secrets, M. Choujar a été accueilli par un ami à Azilal. Il se remémore également le mauvais traitement qui a été réservé à sa famille dans la tribu d’Aït Ouirar, relevant de la Caidat de Tanant (province d’Azilal actuellement).

Son père âgé et alité, a-t-il dit, a été frappé, humilié et menacé dans le but de livrer son fils, " ce qui n’a jamais pu se produire dans notre région même du temps de la siba".

Il affirme que face à cette situation, il s’est vu contrait de fuir le Maroc en direction de l’Algérie où il a séjourné en tant que réfugié politique durant deux années avant d’être forcé encore de se réfugier en Syrie.

Il décide finalement de regagner clandestinement le Maroc où il a été arrêté le 17 décembre 1969 à Amezmiz et transféré au centre de détention secret aux côtés de Habib Forkani. Les deux ex-détenus ont par la suite été transférés à Dar Mokri pour une période de sept mois où ils ont subi toutes les formes de torture.

Il a qualifié la prison militaire de Kénitra, où il a séjourné six mois, comme étant un endroit " pire que Dar Mokri". Il affirme avoir été transféré par la suite à la prison civile de Boulemharez à Marrakech suite à quoi il est jugé en juin 1971, en compagnie de 191 autres détenus et condamné à 20 ans de prison ferme.

M. Choujar, qui a passé huit en prison jusqu’à sa libération le 17 décembre 1977, a souligné qu’en plus de "la puanteur, de la faim et des privations, il y a eu les véritables souffrances tels les gémissements des détenus sous l’effet de la torture".

Pour cet ex-détenu, les procès étaient iniques, dans la mesure où le juge venait au tribunal muni d’une liste de jugements qu’il allait prononcer à l’encontre des détenus.

M. Atik Saleh : Je souhaite que les violations des droits de l’Homme ne se reproduisent plus dans notre pays

M. Atik Saleh, l’une des victimes des violations des droits de l’homme que le Maroc a connues en 1956, a souhaité que ces graves violations ne se reproduisent plus dans notre pays et que prévalent les valeurs de tolérance.

M. Atik Saleh (73 ans), connu sous le nom Ben Ghali, qui témoignait lors de la sixième séance des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’Homme au Maroc, organisée mercredi à Marrakech par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a imploré Dieu de pardonner aux tortionnaires, qu’ils soient morts ou vifs.

Evoquant les conditions de sa détention, il a rappelé avoir été enlevé de son domicile en 1956 et séquestré dans une ferme portant le nom "Assekjour", qui appartenait à un capitaine français à proximité de l’aéroport sur la route de M’hamid (région de Marrakech).

Il a ajouté qu’il était en compagnie d’un groupe de 17 membres de l’organisation du "Croissant noir" dont certains ont été exécutés dans cette même ferme et d’autres transférés au commissariat de police de Jamaâ Lafna où ils ont passé six mois. Ils ont été transférés par la suite à la prison centrale de Kénitra où ils ont été détenus durant six autres mois. M. Atik Saleh a rappelé avoir transité par la suite, lui et ses compagnons, par la prison de Laâlou à Rabat où il a passé quatre mois, par la prison Gh’bila de Casablanca avant d’être transférés enfin à la prison Blamharez de Marrakech après quoi il a été acquitté suite à une enquête sur les raisons de son incarcération. M. Atik Saleh a conclu son témoignage en soulignant que chaque fois qu’il se remémore le drame qu’il avait enduré pendant deux ans de détention, il s’interroge sur le crime qu’il aurait pu commettre pour subir un traitement aussi ignoble.

M. Mohamed Atlas Belhaj : j’ai été torturé à Dar El Mokri ce qui m’a plongé dans un coma de 13 jours

L’ancien détenu, M. Mohamed Atlas Belhaj a affirmé avoir été arrêté en octobre 1963 sur la voie publique à Marrakech et avoir subi les pires tortures à Dar El Mokri à Rabat, ce qui lui avait valu de sombrer dans un coma qui a duré 13 jours.

Intervenant devant la sixième séance des auditions publiques organisée, mercredi à Marrakech, par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), M. Atlas Belhaj a qualifié les tortures auxquelles il avait été assujetti à Dar El Mokri de "grande épreuve", indiquant que les détenus dans ce centre subissaient différentes sortes d’humiliations sans compter les injures, les coups de pieds et de poings.

"Aucun témoin ne pourrait donner une idée juste et précise de cette souffrance de Dar El Mokri qui a duré des années ", a-t-il dit en indiquant qu’il a été, par la suite, présenté, en compagnie d’un certain nombre de militants de l’Union nationale des forces populaires (UNFP) au juge d’instruction sous l’accusation d’ "atteinte à la sécurité intérieure et de participation".

M. Atlas Belhaj, né à Marrakech en 1923, a ajouté qu’au cours de l’enquête il avait réclamé à être examiné par un médecin compte tenu de la dégradation de son état de santé suite à la torture subie et à rencontrer des avocats.

L’ancien détenu, qui était membre de la famille de la résistance et de l’armée de libération, a également indiqué avoir été transféré, ainsi que ses compagnons, à la prison de Laâlou où ils étaient restés 11 jours avant d’être conduits à la prison centrale de Kénitra où il a été placé dans une cellule individuelle et astreint à l’isolement. Il a ajouté avoir attendu trois ans avant l’ouverture de l’enquête et cinq ans avant d’être jugé pour être condamné finalement, en novembre 1968 par le tribunal militaire, à la peine capitale, peine commuée, en 1977, à 20 ans de prison ferme, avant d’être libéré le 25 octobre 1983 après avoir assumé la totalité de sa peine, dont neuf ans passés dans le quartier des condamnés à mort.

M. Atlas Belhaj a également affirmé avoir été torturé à Marrakech où il avait été arrêté en possession d’armes et que les verdicts concernant ses compagnons variaient entre l’acquittement et la condamnation à mort par contumace.

Revenant aux premières années de l’indépendance, il a affirmé que 1960 avait été marquée par la répression qui s’était abattue sur l’UNFP, qui était pourtant un parti politique légal.

La position du parti concernant la constitution de 1962, d’une part, et sa participation aux élections législatives, d’autre part, avaient plongé "les adversaires de la libération" dans le désarroi, ce qui allait aboutir à l’arrestation, au niveau national, d’un certain nombre de militants du parti, a-t-il rappelé.

Mme Widad EL Bouab : la réconciliation ne doit pas se limiter au seul aspect politique

Mme Widad El Bouab a indiqué, mercredi que le Maroc a entamé sa réconciliation avec lui-même de manière sérieuse, estimant que cette initiative ne doit pas se limiter uniquement à l’aspect politique, mais doit également englober les aspects économiques, sociaux et culturels.

Mme El Bouab, qui témoignait lors de la sixième édition des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’Homme qu’ont connues les villes de Marrakech, de Safi et d’Agadir, organisée à Marrakech par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a estimé que l’approche de l’Instance demeure positive de manière générale "à condition qu’elle soit accompagnée de la mise à l’écart des responsables de ces violations des centres de décision aussi bien politique que sécuritaire", en insistant sur la nécessité pour l’Etat de "présenter ses excuses" pour ces violations graves des droits humains.

Mme El Bouab, arrêtée en 1977 à Marrakech et transférée au centre de détention secret de Derb Moulay Cherif où elle avait passé six mois, a indiqué que sa détention était la conséquence de la répression qui s’était abattue sur le mouvement estudiantin durant les années 70, estimant que son incarcération est intervenue en raison de son engagement pour un meilleur avenir. Elle a aussi fait état des différentes formes de tortures physiques et morales qu’elle a subies durant sa détention.

Mme El Bouab, qui a été ensuite transférée respectivement à la prison de Ghbila à Casablanca et à la prison civile de Sidi Said de Meknès avec le groupe dit des 105, a relevé les conditions particulières de sa détention en tant que femme (avec cinq autres étudiantes), telles la menace de viol et l’inexistence des moyens les plus élémentaires dont une femme a besoin. Elle a précisé que la situation a empiré à cause de l’absence de gardiennes au centre de détention, ce qu’elle considère comme une " atteinte à toutes les valeurs religieuses et morales".

Elle a ajouté que les grèves de la faim observées dans la prison de Meknès ont abouti à l’amélioration des conditions carcérales des prisonnières qui ont été autorisées à poursuivre leurs études et à passer les examens.

Elles ont pu bénéficier de la liberté provisoire après trois ans de détention grâce aux pressions exercées par leurs familles et par les organisations internationales des droits humains, a-t-elle poursuivi.

Elle a ajouté que malgré son acquittement par le tribunal de première instance de Safi, sa souffrance s’est prolongée puisqu’elle a été privée de son passeport et interdite de quitter le territoire national pour préparer un doctorat à l’étranger, ajoutant qu’elle n’a pu disposer de son document de voyage qu’en 1995.

Mme El Bouab a enfin noté que sa participation à ces séances d’audition publiques, présidée par M. Driss Yazami, membre de l’IER et secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’Homme, a pour objet de jeter la lumière sur les violations passées des droits de l’Homme et de mettre en place les mécanismes afin que de telles pratiques ne se reproduisent plus.

Mme El Batoule Trawate : Mon témoignage ne saurait rendre compte de mon calvaire suite à l’arrestation et à la mort de mon fils

Mme El Batoule Trawate a souligné que son témoignage ne saurait rendre compte de ses souffrances et celles de sa petite famille suite à l’arrestation et au décès de son fils Mustapha Belhouari.

Dans un témoignage livré, mercredi à Marrakech, dans le cadre de la sixième séance des auditions publiques, initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), Mme Trawate a relaté les provocations dont ont été victimes tous les membres de sa famille depuis 1981 en raison des persécutions dont a été l’objet M. Belhouari en raison de ses activités politiques.

Mme Trawate a également évoqué le préjudice moral et financier que la famille a subi et les pressions dont tous ses membres ont été la cible. En janvier 1984 ces pressions sont allées jusqu’à l’arrestation de l’un de ses autres fils, en compagnie de son mari, ce qui a amené son fils Mustapha à se rendre.

Il fut condamné à dix ans de prison.

Dans ce sens, elle a rappelé la torture qu’on a fait subir à son fils et à ses compagnons aussi bien au cours de l’enquête qu’à l’intérieur de la prison civile de Marrakech. Cela les a poussés à entrer dans une grève illimitée de la faim pour demander l’amélioration de leurs conditions de détention, a-t-elle encore relaté, soulignant la solidarité que la famille manifestait à Mustapha.

Durant cette grève, Mme Trawate a été privée de rendre visite à son fils et n’a été autorisée à le revoir que trois jours avant son décès le 28 août 1984.

Mme El Batoule Trawate se dit toujours touchée par le soutien qui lui a été témoigné durant cette terrible épreuve par les médias nationaux et internationaux, les organisations de défense des droits humains et les formations politiques nationales.

M. Zrikem rappelle les conditions difficiles de son incarcération

M. Hamid Zrikem, l’une des victimes des violations passées des droits de l’homme qu’a connues le Maroc entre 1956 et 1999, a rappelé les circonstances difficiles dans lesquelles il a vécu durant la période de son incarcération pour détention d’armes.

M. Zrikem, qui livrait son témoignage dans le cadre de la sixième séance des auditions publiques de l’Instance Equité et Réconciliations (IER) tenue mercredi à Marrakech, a précisé avoir été incarcéré le 07 septembre 1967, évoquant les multiples souffrances et sévices psychologiques et physiques qu’il subis lors de sa détention pendant deux mois dans le commissariat de Jamaâ El Fna, avant d’être déféré devant le tribunal de première instance de Marrakech qui avait cependant, déclaré son incompétence.

Par la suite M. Zrikem a été traduit devant le tribunal militaire de Rabat pour détention illégale d’armes qu’il détenait depuis l’époque de la résistance armée contre l’occupant, ainsi que pour appartenance au groupe "Moulay Chafai". Concernant ce groupe, M. Zrikem a précisé que celui-ci se composait de sept membres qui ont été tous liquidés dans la région d’Amezmiz.

Il a enfin estimé que "l’indépendance du Maroc a été avortée ou née inachevée puisque le début de l’année 1959 a été marqué par l’arrestation de plusieurs dirigeants et membres de la résistance".

M. Lemrabtine appelle à l’ouverture au public du "Corbis" en tant qu’incarnation des violations passées

M. Mohamed Lemrabtine a appelé à l’ouverture au public du centre de détention "Corbis", situé à l’aéroport d’Anfa à Casablanca, pour que l’opinion publique soit informée des graves violations des droits humains dont ont été victimes plusieurs détenus durant les années 1960 et 1970.

Dans un témoignage, livré mercredi soir à Marrakech dans le cadre de la sixième séance des auditions publiques initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), M. Lemrabtine, qui a été arrêté pour la première fois en 1964 à la gare routière de Casablanca où il est mis en détention secrète pendant une semaine, a précisé que ce centre de détention qui représente "un point noir dans l’histoire du Maroc", a vu la mort de plusieurs prisonniers et a abrité nombre de symboles du mouvement national.

M. Lemrabtine, qui a été transféré ensuite au centre de détention secret Dar El Mokri pour une période d’une semaine puis à l’école de police à Bouknadel, aux environs de Salé, où il séjourna deux mois, s’est appesanti sur le climat politique tendu ayant marqué cette période, avant de rappeler les circonstances de son enlèvement à Casablanca, ainsi que son arrestation à plusieurs reprises entre 1973 et 1979 à cause de ses activités politiques et syndicales à Safi.

Transféré en compagnie d’un groupe d’autres détenus au centre de police de Jamaâ Lefna à Marrakech où il a été déféré devant le juge d’instruction près la cour d’appel, M. Lemrabtine a été incarcéré à la prison civile de Boulmharez pendant environ sept mois.

M. Lemrabtine, arrêté pour la 3ème fois en mars 1973, a été gardé au commissariat de Safi pendant 17 jours avant d’être transféré au centre de détention secret "Corbis" où il sera détenu pendant 11 mois, a évoqué la marginalisation dont a souffert la ville de Safi, qui accueillait une importante classe ouvrière, et son militantisme avec des fils de cette cité en vue de la délivrer du blocus économique et social, ce qui a conduit, a-t-il ajouté, à "la confiscation de leur liberté durant de longues années".

Mis en liberté provisoire, le 12 octobre 1974, il a été acquitté par la cour d’appel de Marrakech en juin 1976, M. Lemrabtine a appelé à l’encouragement de l’adhésion à la vie politique pour contribuer à l’édification de l’Etat de droit et au développement du pays.

Arrêté de nouveau en 1979 au siège de la Confédération démocratique du travail (CDT) à Safi, dans le cadre de la grève nationale engagée par les secteurs de l’enseignement et de la santé publique, M. Lemrabtine a passé une semaine de détention avant d’être libéré sans être jugé.

M.Abdlejalil Toulimate : les acquis du Maroc en matière de liberté ne peuvent être reniés

Les acquis réalisés par le Maroc depuis la fin des années 90 en matière de libertés ne peuvent être reniés, puisqu’ils ont mis l’ensemble des acteurs politiques, les militants des droits de l’homme et la société civile devant la responsabilité de préserver ces réalisations, a affirmé l’ancien détenu Abdeljalil Toulimate.

M. Toulimate, qui livrait son témoignage mercredi soir à Marrakech dans le cadre des sixièmes auditions publiques sur les violations passées des droits de l’homme qu’a connues le Maroc entre 1956 et 1999, initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), a appelé à oeuvrer pour tourner de façon définitive la page de ces violations, reconstituer la mémoire historique collective et dynamiser le nouveau concept de l’autorité.

Il a plaidé également pour "la réhabilitation de l’action politique et sa moralisation, et le renforcement et l’approfondissement des réformes en cours dans le domaine de l’éducation et de la formation", appelant à "ouvrir les dossiers relatifs à la perversion dans les domaines administratif, économique, électoral et judiciaire, dans la mesure où elle constitue un danger pour le développement, le progrès et la démocratie".

Evoquant les années de sa détention, M. Toulimate a rappelé qu’il a été incarcéré à deux reprises.

La première en 1977 alors qu’il était étudiant en deuxième année de philosophie à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat.

Il a affirmé être transféré immédiatement après son arrestation au centre de Derb Moulay Chrif où il reste en détention durant 6 mois. Présenté par la suite à la prison civile de Meknès, il a été incarcéré pendant trois ans avant d’être remis en liberté provisoire pour passer en jugement devant le tribunal qui va l’acquitter.

Arrêté de nouveau le 25 janvier 1984 à Abi Jaad où il travaillait en tant qu’enseignant de philosophie, M. Toulimat a indiqué que "cette fois la détention est survenue en raison du choix de l’organisation du 23 mars en tant que stratégie de lutte pour la démocratie et pour une action dans le cadre de la légitimité".

M. Toulimat a ajouté que lors de sa détention il a subi différente forme d’"abus et d’injustice" avant d’être condamné à un an de prison ferme à Khouribga.

Par ailleurs, il a estimé que la réconciliation avec soi-même et avec l’histoire, après une série d’autres réconciliations sur plusieurs niveaux, s’inscrit dans le cadre d’une continuité qui nécessite de hisser le niveau d’entente politique à celui des principes humains et civilisationnels.

M. Mohamed Mahri : SM le Roi Mohammed VI a ouvert la voie à l’édification démocratique

M. Mohamed Mahri a affirmé que "SM le Roi Mohammed VI a ouvert la voie à l’édification démocratique et le peuple doit soutenir le Souverain dans le renforcement de ce processus".

Dans un témoignage livré, mercredi à Marrakech, dans le cadre de la sixième séance des auditions publiques, initiées par l’Instance Equité et Réconciliation (IER), M. Mahri a rappelé le calvaire qu’il a vécu lors de sa détention en 1964 à Casablanca, soulignant que, dès lors, il a été convaincu que "l’édification d’un Maroc démocratique est tributaire de l’instauration de l’Etat de droit et de la symbiose entre le peuple et le Trône".

M. Mahri a indiqué que son arrestation avait eu lieu alors qu’il s’apprêtait à passer l’examen du baccalauréat le 25 juin 1964. Conduit au centre de détention de Derb Moulay Chrif où il avait séjourné une période de quatre mois, l’ancien détenu a affirmé avoir subi "différentes formes de tortures" dans ce centre avant d’être transféré le 10 octobre 1964 à la prison civile de Casablanca, puis le 21 janvier 1967 à la prison civile de Marrakech.

Présenté au tribunal vers la fin du mois de janvier de la même année parmi le groupe connu sous le nom de "Mohamed El Haloui et Cie", il avait été condamné à trois ans de prison, avant d’être libéré en avril 1967.

M. Mahri a indiqué qu’au cours de sa détention, il avait réalisé que les tortionnaires n’étaient que des gens à "la solde du colonisateur" qui ont profité du "vide politique et administratif qui sévissait dans le pays au lendemain de l’indépendance" pour "procéder à la liquidation de la résistance nationale et à l’enrichissement illicite".

M. Mohamed Mahri, né en 1944 à Casablanca, a exercé en tant qu’instituteur dans le secteur de l’enseignement primaire pendant 36 ans, jusqu’à sa retraite.

Mohamed Grina a succombé sous la torture de la police, affirme sa mère

Mme Zahra Lakhdar, mère de feu Mohamed Grina, a affirmé, mercredi à Marrakech, que son fils avait succombé sous le "torture à laquelle il a été soumis par la police qui a eu recours aux décharges électriques et à la suffocation par le biais du tissu trempé dans du détergent".

S’exprimant lors de la 6-ème séance des auditions publiques des victimes des violations passées des droits de l’Homme au Maroc (1956-1999), initiée par l’instance Equité et Réconciliation (IER), Mme Lakhdar a ajouté que son fils, qui a été arrêté le 17 avril 1979 dans l’enceinte du lycée où il poursuivait ses études, a été présenté au tribunal dans un état lamentable, souffrant de contusions au visage et ne pouvant bouger les mains et les pieds.

Mme Lakhdar a évoqué l’arrestation de son fils, qui était membre de la jeunesse Ittihadie, après avoir participé à une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien à l’occasion de la "Journée de la terre". Au lendemain du retour de son fils de Casablanca, a-t-elle expliqué, le chef d’arrondissement est venu le chercher après avoir découvert des slogans inscrits sur les murs du domicile familial.

Elle a souligné qu’elle-même et des membres de sa famille ont été l’objet d’exactions et détenus dans le but d’arracher l’adresse de Mohamed Grina qui avait fui à Casablanca où il poursuivait des études de génie civil, ajoutant que sa fille de 12 ans a été arrêtée par la police dans l’enceinte de son collège et maltraitée dans un commissariat.

Des éléments de la police, a-t-elle poursuivi, ont perquisitionné le domicile familial et détérioré les meubles en proférant des injures. En découvrant une lettre de mon fils, ils ont menacé qu’ils allaient le faire disparaître après son arrestation, a-t-elle dit.

A la suite de ces évènements, Mme Lakhdar a été informée par un ami de son fils, qu’elle avait envoyé pour s’enquérir de sa situation, que des membres de l’USFP voulaient la rencontrer au siège du parti pour l’informer que son fils a été arrêté et sera présenté le lendemain devant un tribunal à Inzegane.

Après sa présentation au tribunal dans un état lamentable, a-t-elle dit, le président du tribunal lui a dénié le droit de voir un médecin et insisté pour poursuivre le procès à huis clos en dépit de l’opposition des avocats de la défense, rappelant qu’elle avait alors perdu connaissance suite à une agression de la police.

Elle a indiqué que le lendemain, elle a voulu voir son fils à la prison et qu’une fois sur place elle a été informée que celui-ci venait d’être transféré à l’hôpital pour des soins, ajoutant qu’elle a finalement pu rendre visite à son fils qui l’avait chargée de transmettre à ses camarades le message de persévérer sur la même voie.

Selon elle, la direction de l’hôpital lui avait refusé de voir le corps de son fils décédé le 24 avril 1979 et enterré, a-t-elle dit, après des funérailles grandioses en présence des camarades de son fils de l’intérieur et de l’extérieur du Maroc.

Mme Lakhdar a enfin affirmé que la mort de son fils a brisé sa vie, lui a causé des maladies chroniques et contribué à aggraver la situation matérielle de sa famille qui avait placé en lui tous les espoirs.

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« Il s’agit non pas seulement de partager la connaissance et la réappropriation du passé mais aussi de faire surgir dans le présent et le débat contradictoire, des normes et des règles communes de vivre et bâtir ensemble le futur… »
Driss Benzekri

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